28 juin 2011

Insomnie

Réveil en sursaut: où est le téléphone de garde? Qu'est ce que je fais dans mon lit? Je me précipite hors de ma chambre...
De longues secondes de panique avant de réaliser que je suis chez moi et pas dans la chambre de garde.
Et pas très envie de me rendormir, consciente que mon cerveau va me rejouer la scène pendant encore quelques nuits. Mal nécessaire sans doute, métaboliser avant de passer à autre chose.
Digérer ces 12 interminables minutes avant que le nouveau-né ne se mette à respirer et que son coeur batte assez vite pour qu'il reste en vie. Accepter cette panique froide qui m'a paralysée, quand, a peine 30 secondes après avoir été sortie d'un sommeil profond, je débarque en salle d'accouchement où la réa viens à peine de commencer. Essayer de m'accorder que mon pilote automatique à bien fonctionné, le bébé va bien et ses analyses de sang, sa radiographie aussi. Première réanimation néonatale.
Appel du déchoc adulte pour "évaluer une plaie chez un enfant". Je ne comprends pas, pourquoi ne pas l'évaluer aux urgences pédiatriques? Je descends, malgré les urgences qui débordent et la tension qui monte dans la salle d'attente. Plaie du front, certes. Enfant comateux après une chute à vélo, surtout. Papa qui ne parle pas français, à peine 2 mots d'anglais. Glasgow qui se péjore à vitesse grand V, pupille gauche aréactive. Minerve, planche, accès vasculaires, anesthésiste pour l' intubation, mannitol. Appel à mon chef, laconique. Appel les neurochir, l'hélico, les urgences pédiatriques du CHU.
Traumatisme cranio-cérébral sévère.
Enfant adorable, dans le service depuis presque un mois. Syndrome bizarre avec malformation cardiaque complexe et problèmes pulmonaires, entre autre. Hospitalisé initialement pour asthme. Après une lente amélioration, nouvelle péjoration sur le plan respiratoire. Bilan extensif prévu pour le début de la semaine.
Minuit, nette majoration des besoins en oxygène dans un contexte d'agitation, auscultation pulmonaire propre. Deux heures plus tard: détresse respiratoire majeure, avec troubles de l'état de conscience. Sature à 51% lorsqu'il enlève son masque à oxygène, sous 100% ça va. Fréquence respiratoire à 70 par minute. Signes d'épuisement. Appel soins intensifs du CHU, SMUR pour transfert. Pas de SMUR disponible... Hélico donc. Parents entre temps. Etre prêts à réanimer. Chef. Refus du médecin de prendre l'enfant en hélico, trop agité. Trouver une ambulance, dans laquelle il partira finalement accompagné du médecin de l'hélico.
Intubé à son arrivée au CHU. Il l'est toujours 48 heures plus tard. On ne sait toujours pas ce qui s'est passé.

3 nuits de garde, consécutives. Je suis épuisée et je n'ose pas dormir...
C'est pas que des otites et des gastro, la pédiatrie.
Et malgré tout, j'aime ça. Parfois je me demande si c'est bien raisonnable.

29 décembre 2010

Coeur d'artichaut

Il y a des semaines et des gardes à thème. Des périodes de pancréatites biliaires, des séries de fibrillations auriculaires sur embolie pulmonaire, des nuits orientées neurochirurgie. Du coup dans ma tête l'association visage de patient - diagnostic est parfois un peu floue.
Dernièrement, thème maudit, malheureusement assez récurrent: cancer plus ou moins dépassé, plutôt plus que moins d'ailleurs. En un an d'internat j'ai mis en pratique le schéma théorique de la "parfaite" annonce d'une mauvaise nouvelle, avec les silences et tout le reste. J'ai aussi appris à moins redouter ce moment où je vais voir quelqu'un et que je sais qu'il y aura un avant et un après notre conversation, que je suis le messager d'une nouvelle qui va faire basculer leur vie.

Dernièrement le thème oncologie me tombe dessus, j'annonce à un homme pas si vieux que son mal de dos est dû à des métastases d'un probable cancer de la prostate. Le voisin de chambre est un gentil grand-père chez qui la radiographie thoracique montre une pneumonie et une masse hautement suspecte. Un homme jeune, hospitalisé pour investigation d'un ictère: hépatocarcinome multicentrique. Un autre jeune homme, image radiologique de multiples métastases hépatiques sans néoplasie primaire retrouvée. Un carcinome épidermoïde pulmonaire dépassé chez un insuffisant cardiaque. Et d'autres, encore.
Alors je me réjouis de retrouver les urgences et de laisser mon coin de service déprimant à un collègue.

Dans le tourbillon des gardes, des petits et gros cas que je prend en charge, des dizaines de patients que je soigne, la pesanteur de ces drames s'atténue.
Alors quelle que ne fut pas ma surprise quand, demandant des nouvelles des mes anciens patients, je dois retenir mes larmes quand j'apprends que non, finalement, la masse pulmonaire moche de mon papi adorable n'est pas un cancer. Ça m'a fait déborder de bonheur pendant quelques jours, et j'ai dû me retenir de ne pas passer féliciter le monsieur dans sa chambre.

9 décembre 2010

90 ans, dément, et toutes ses dents

Entrée banale aux soins continus, patient âgé avec une démence modérée, hospitalisé pour surveillance rythmique après un malaise. Rien de bien palpitant dans les examens des urgences, sauf l'ASP (Abdomen Sans Préparation, une radio du ventre quoi). Bien oui, là, en fosse iliaque droite, une ligne en arc de cercle, métallique. La petite enquête menée auprès de la famille nous donnera la réponse, monsieur à avalé son dentier, un mois auparavant. Bon, ok, tout va bien. Et pourquoi est-ce que ça n'a dérangé personne jusqu'à maintenant?
Plan d'attaque, on a dû inventer, c'est pas dans les bouquins... Un p'tit scanner pour voir où les quenottes sont arrêtées, et puis au passage si elles ont pas abîmé le côlon ou créé une occlusion. Et bien les dentiers c'est pas fait pour être scanné, sur les images un soleil d'artefact au fond du caecum. Je me permet de déranger le gastro en colloque, c'est pas banal quand même, comme introduction:
"Vous pouvez récupérer un dentier, pendant une colonoscopie?"
"Euh, il est entré par où?"
"Avalé..."
"Entier?"
"Voui!" (je savoure mon cas de l'année, là)
"Vous avez une idée de la marque?"
"J'peux appeller le dentiste."

Quelques jours plus tard, dans un coin de couloir, un très sérieux gastro-entérologue mime les deux heures passée à suer en tirant les dents et leurs crochets (gasp) du bout de sa pince dans le gros intestin, évitant les haustrations et diverticules... il a abandonné au niveau du caecum, trop de risque de lésion.
Après, comme on est sympa, on a partagé notre cas rigolo avec les chirurgiens, mais ils n'ont pas voulu y toucher.
On a donc vécu au rythme des ASP signant l'avancée des dents.
Et au retour du week-end, dans le dossier, note de suite victorieuse de chef chéri: " Youpi! Dentier évacué sans encombre par voie naturelle!"

5 décembre 2010

Refuge

Un sms, au creux de la nuit, anodin. Lu entre les lignes il annonçait la suite: le coup de fil, la voix qui tremble.
"Tu veux venir?"
Un peu plus tard, une étreinte, sentir peu à peu les larmes couler et remplacer les tremblements et l'agitation.
"Je ne voulais pas me faire du mal, ce soir"

Ou comment transformer un amour-amitié adolescent en un ultime refuge, quand la douleur et l'angoisse sont au-delà des mots.

1 octobre 2010

Du week-end que je n'ai finalement pas passé à rouspéter en pyjama dans mon appart'

1er acte, où la SNCF est maudite.
Ca a commencé jeudi soir, à vérifier que mes trains n'étaient pas annulés. Ou alors quand un joyeux groupe de plongeurs randonneurs ont décidé de se retrouver quelque part, un week-end qui restait à fixer.
J'ai passé du temps à vérifier l'enchainement parfait de ma sortie précipité du service avec la complicité d'une collègue, et des différents trains. Tout était parfait. Tout, sauf la grève qui mettait une ombre menaçante sur mon escapade soigneusement préparée.
Partie aux aurores à l'hôpital, comme toujours, j'étais ce jour là chargée d'un sac à dos volumineux et d'une paire de palme. Il ne me restais plus qu'à récupérer mes chaussures de marche dans le local dévolu aux vêtements d'urgence pré-hospitalière et à m'approvisionner en sandwich au self. 10 heures, petit coup d'oeil au sur internet, mes trains sont annoncés comme partant. Youpi! Quelques heures plus tard, le train numéro 2 est annulé... argh! Je décide donc de prendre le train numéro 1, quitte à gâcher ma soirée et à revenir bredouille. Arrivée sur place, effectivement pas de train numéro 2... et aucune info concernant les suivants, si le prochain part, et part à l'heure, j'ai une bonne chance d'attraper le numéro 3. Et une chance non négligeable de me retrouver en pleine nuit bloquée dans une ville que je ne connais pas...
Petit coup de fil aux copains, ils y sont déjà, déception dans leur voix quand je peur annonce que ma présence est compromise. Puis appel à superpapa pour savoir si il n'a pas une autre idée, après avoir en vain contacté les gare routières en quête d'un car. J'oscille entre larmes, colère et fatalisme, et prévoit un week-end pourri toute seule chez moi à râler. Dans mes mains, mes palmes jaunes me semblent un peu ridicules. Une veille dame, après m'avoir raconté par le détails toutes les grèves qu'elle a vécu, me lâche, hilare, que je peux toujours plonger dans le lac.
Le train numéro 2 bis est finalement arrivé, à l'heure. J'y suis montée, voyant tout d'un coup mon week-end d'un oeil beaucoup plus réjoui. Il n'est pas parti. Pendant un nombre de minutes interminable j'ai espéré sentir le train partir et voir le quai s'éloigner.
Quand enfin nous nous sommes mis en route, et qu'un contrôleur est passé, je lui ai demandé de e confirmer que j'aurais le train numéro 3. Il me regarde d'un air désolé et me répond que non, impossible. Super, maintenant va falloir trouver un hôtel à l'arrache pour roupiller un peu avant d'essayer de rentrer à la maison. Je retiens mes larmes. Je lui refais mes savants calculs. Il éclate de rire! Bien sur que j'aurais mon train, il était sur que nous étions une heure plus tard.
Je monte dans le train numéro 3, même le temps d'avoir froid sur le quai en l'attendant! Je rappelle les potes, un sourire dans la voix. Ils seront là, quelques heures (de sommeil) plus tard, quand j'arriverais à destination.

Acte 2, Maman, les p'tits bateaux qui vont sur l'eau ont-ils des jambes?
Réveil matinal pour nous rendre au centre de plongée. Je passe sur le mec plein de tact qui me répète trois fois qu'il est sur que ma taille de combi habituelle va être trop petite. J'aime bien la ballade en bateau qui précède la plongée, du vent, de jolis paysages, quelques vagues...
Et bien là j'ai été servie, mistral oblige, poids plume accroché de toutes mes forces pour ne pas se retrouver à la mer à chaque vague. Bon, c'était l'échauffement, et puis le pré-mouillage aussi, ceux qui ont déjà pris un zodiac par grosse mer savent de quoi je parle.
La plongée à été merveilleuse, le long d'un tombant sur 30 mètres, des gorgognes de toutes les couleurs, des poissons de tous les côtés, première plongée en autonomie pour moi, relax, pas d'exercices, pas de moniteur pour juger les conneries (pas de grave boulette d'ailleurs, un peu dépassé les 20 mètres à l'immersion, c'est tout), j'ai pu passé tout le temps que je voulais à regarder la surface dos vers le fond. Et, surprise de plonger avec pas mal de monde dans le coin, j'ai découvert, fascinée, la beauté des bulles des autres vues d'en haut.
Palier de sécu un peu sportif, vagues obligent, presque eu le mal de mer!
Et le retour pire que l'aller, montagnes russes qui m'ont laissé un joli hématome sur la cuisse, souvenir d'un contact brutal avec une bouteille d'air.

Acte 3, les plongeurs retrouvent les marcheurs
Sur une terrasse où nous devons nous accrocher à nos verres pour qu'ils ne se fracassent pas à terre au premier coup de vent, pizzas et retrouvailles, au soleil. Le bonheur est facile, parfois.
Puis nous partons explorer la ville à pied, il vente et nous marchons, papotons, admirons.
Une pause, un verre, puis rapide passage à l'hôtel.

Acte 4, le dernier larron, momentanément unijambiste, nous rejoint
Dans un resto de poisson sur le vieux port, on se régale et se raconte.
Et on affine les derniers détails du lendemain, avant de tomber épuisé dans les bras de Morphée.

Acte 5, dans un coin de paradis
Je me réveille avec un doute, pas revu mon masque depuis la plongée... je vérifie, je me connais, soigneuse à en perdre ses affaires parce que trop bien rangées! Ce n'est pas le cas, masque oublié. Désolé les amis, on va speeder un peu au lieu de p'tit déjeuner tranquilou, histoire de passer au centre de plongée qui ferme à peine ouvert, pas de plongées pour cause de mer démontée. Nous arriverons trop tard, je laisse donc le sort de mon masque entre les mains des autochtones, je vais devoir revenir pour le chercher, trop dur!
Arrivée dans le cabanon dans une calanque, le silence et la beauté du lieu nous coupent le souffle. Je rêve un instant que la grève s'est poursuivie, pour prolonger notre séjour en ce lieu.
Grande ballade dans les cailloux et le vent, pic nic à l'abri du cabanon, puis sieste au soleil, dernières grandes discussions, ébauche de prochaines retrouvailles.

Le retour à été moins compliqué que l'aller, me suis assise dans le TGV, endormie, réveillée presque à la maison.

23 septembre 2010

D'un étrange sms

"J'ai besoin de tes lumières! Comment dit on riz de veau en espagnol et ou se situe le thymus dans le corps? Merci, becs"
P'tit frangin

Et à ma demande, des explications:
"Je suis à Vienne"

Je suis perplexe!

9 août 2010

Ballon de baudruche

Un jour, percer l'enveloppe et laisser le vide de l'intérieur se dissoudre dans celui de l'extérieur.