11 novembre 2009

Carpe diem (Cueille le jour présent et sois le moins confiant possible en l'avenir)

Un tout jeune docteur est mort. Un copain.
C'est totalement irréel: on ne devrait pas mourir lorsqu'on a la vie devant soi.
Boule dans la  gorge et larmes dans les yeux. J'ai du mal à comprendre, au fond. Il n'est plus, et ce sont ces "jamais" et "nulle-part" là, aussi sous-entendus qu'absolus et irrémédiables qui d'une certaine façon me dépassent. 
Où sont alors passés sourire, humour et gentillesse?

Il n'aura pas eu le temps de porter fièrement son badge de médecin, ni de recevoir son diplôme.
Sa dernière année aura été un marathon infernal, sûrement la pire de sa vie... on a tous serré les dents, pour après. De ce futur si durement gagné, si souvent rêvé, il n'aura eu droit qu'à une semaine. Sept jours de sourire béat, de fête et de liberté. 

J'espère qu'il en a profité.

5 novembre 2009

Fin (où tout commence)

Dernières heures de révision. Mon dos me fait mal à force d'être assise, mes membres bougent tous seuls et me réclament un footing ou quelques longueurs de bassin. Le cerveau est roi depuis trop longtemps.
De presque chaque réponse à mes questions découle une autre interrogation. Alors je dévore un ou deux paragraphes de plus avant de museler ma curiosité pour retourner sagement aux bases. Aller voir ce qui se trouve sous la pointe de l'iceberg m'attire follement.

Je me réjouis que ce soit terminé. Du temps, pas d'obligations. Juste faire ce dont j'ai envie au moment où j'en ai envie. Pas de livre de médecine. Plus de mal au ventre de stress. Pas de réveil qui sonne le matin. Quelques semaines de répit.
Et pourtant, avec quelle impatience j'attends le moment de m'y remettre! Utiliser tout ce savoir emmagasiné, le compléter, l'affiner. Le mettre au service de ces gens, souffrants, qui vont remplir mon quotidien. Apprendre à faire le lien (et le grand-écart parfois) entre la théorie et l'humain. Entre le diagnostic et la personne malade et unique qui vous livre en vrac symptômes, morceaux de vie, espoirs et craintes.

J'avais peur que ce gavage ne me dégoûte. Mais j'aime déjà mon métier. Demain je suis médecin. Et je suis en vacances.

4 novembre 2009

Microcosme

Celles qui sont là depuis le début ou avant. Celles avec qui j'ai partagé les découvertes, les victoires et les bleus de ces années d'études. Celles qui sont là pour les fous rires, les cafés improvisés et les confidences.

Ceux avec qui les liens se sont défaits, naturellement, presque sans se faire remarquer.

Celui qui fait naître en moi un mélange de colère, de tristesse et de tendresse.

Ceux, retrouvés, et avec qui le temps semble manquer pour se raconter.
Pousses d'amitiés nouvelles sur terrain connu. Certaines seront à cultiver, d'autres sécheront pas manque de soins et d'intérêt réciproque.

Celle, si loin et pourtant si proche, qui me comprend entre les mots, avant les mots.

Ceux découverts en cours de route, grâce au hasard merveilleux qui, nous forçant un peu la main parfois, nous a fait nous dévoiler au décours d'une conversation banale. Ceux avec qui rien n'est acquis mais tout est possible.

Celui dont le manque me serre la gorge et fait couler mes larmes.

Ceux qui ont partagé une ville et une année folle avec moi.

Et celle, qui, du jour au lendemain, me fuit sans rien dire.

2 novembre 2009

Passé et peinture fraîche

Il y a près d'un an, sur mon programme de révision, je notais "FIN :-)" dans la case du tout dernier examen de ce marathon infernal. C'était pour moi un futur lointain et brumeux. C'est vendredi.
Il y a presque sept ans, je mettais pour la première fois les pieds à un cours de médecine.
Si c'était à refaire, je recommencerais, sans hésiter une seconde.
Malgré les heures, les soirées, les week-end et les vacances passées le nez dans mes cours. Malgré les doutes et les ras-le-bol. Malgré les larmes et les peurs, miennes ou partagées.

Dans quatre jours, donc...
L'étudiante sera docteur. Indépendante. Responsable. Libre.
Dernier pas vers l'âge adulte.
Je quitte avec nostalgie une enfance qui je ne regrette pas vraiment pour rejoindre un futur que je peux construire à ma guise.

"Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve"

Sacré programme.