16 mai 2010

Désertion

Des mois que je ne suis pas passée par ici, trop occupée à travailler et à vivre. Des mois sans ressentir le besoin de balancer dans cet espace virtuel et presque anonyme des pensées en vrac dans l'espoir d'en faire un tout solide, palpable.
Surement parce que, ayant l'immense chance de travailler avec une équipe adorable et soutenante, les émotions trop fortes débordent dans l'instant. Et puis la fatigue et le stress sont souvent plus forts que la pudeur qui me fait retenir mes larmes en public.
Reste que j'en ai chié. Même si j'ai dès le début adoré ce boulot, même si je m'y sens relativement à l'aise et que j'ai trouvé ma place sans encombre. Je suis dans l'ensemble bien supervisée, j'ai des chefs sympa et disponibles. Mais je ne suis plus étudiante, plus personne ne repasse sur mes pas, ne vérifie mes dossiers. Je prends des décisions, seule, que j'assume par la suite. La nuit et le week-end, je suis de garde pour tout l'hôpital. Il n'est pas très grand, mais je suis forcée d'établir des priorités, de prendre en charge des patients que je ne connais pas, hospitalisés dans des spécialités qui ne sont pas la mienne en plus des urgences.
L'immense question, celle qui taraude tous les jeunes médecins du monde, est la suivant, posée à deux heures du matin dans le pire des cas: appeler un chef ou considérer que l'on a les compétences pour gérer seul la situation? Et là, on ne se réfère pas seulement au cours de cardio ou de pneumo mais aussi à sa confiance en soi, à son sens clinique, à son embryon d'expérience, à sa capacité à gérer l'incertitude et, last but not least, à son besoin d'être rassuré.
Alors, sachant qu'un certain nombre des compétences mises en jeu dans ces moments là sont loin de faire partie de mes points forts, que de mettre des mots sur ce que je vis n'est pas évident pour moi, je me dis que, peut-être, probablement même, ce tourbillon de gardes, d'heures sup', de formations continues et de congés marathon social ont eu bon dos.
Trop occupée pour me poser et penser, chouette, courage fuyons!

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