29 décembre 2010

Coeur d'artichaut

Il y a des semaines et des gardes à thème. Des périodes de pancréatites biliaires, des séries de fibrillations auriculaires sur embolie pulmonaire, des nuits orientées neurochirurgie. Du coup dans ma tête l'association visage de patient - diagnostic est parfois un peu floue.
Dernièrement, thème maudit, malheureusement assez récurrent: cancer plus ou moins dépassé, plutôt plus que moins d'ailleurs. En un an d'internat j'ai mis en pratique le schéma théorique de la "parfaite" annonce d'une mauvaise nouvelle, avec les silences et tout le reste. J'ai aussi appris à moins redouter ce moment où je vais voir quelqu'un et que je sais qu'il y aura un avant et un après notre conversation, que je suis le messager d'une nouvelle qui va faire basculer leur vie.

Dernièrement le thème oncologie me tombe dessus, j'annonce à un homme pas si vieux que son mal de dos est dû à des métastases d'un probable cancer de la prostate. Le voisin de chambre est un gentil grand-père chez qui la radiographie thoracique montre une pneumonie et une masse hautement suspecte. Un homme jeune, hospitalisé pour investigation d'un ictère: hépatocarcinome multicentrique. Un autre jeune homme, image radiologique de multiples métastases hépatiques sans néoplasie primaire retrouvée. Un carcinome épidermoïde pulmonaire dépassé chez un insuffisant cardiaque. Et d'autres, encore.
Alors je me réjouis de retrouver les urgences et de laisser mon coin de service déprimant à un collègue.

Dans le tourbillon des gardes, des petits et gros cas que je prend en charge, des dizaines de patients que je soigne, la pesanteur de ces drames s'atténue.
Alors quelle que ne fut pas ma surprise quand, demandant des nouvelles des mes anciens patients, je dois retenir mes larmes quand j'apprends que non, finalement, la masse pulmonaire moche de mon papi adorable n'est pas un cancer. Ça m'a fait déborder de bonheur pendant quelques jours, et j'ai dû me retenir de ne pas passer féliciter le monsieur dans sa chambre.

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